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Paul Le Guen : « J’ai mon équipe-type en tête »
Paul Le Guen est serein à deux semaines du départ pour l’Afrique du Sud.

Nommé à la tête du Cameroun l’été dernier, Paul Le Guen a stabilisé une équipe alors mal engagée dans les éliminatoires. Absents du Mondial 2006, les Lions Indomptables veulent retrouver le devant de la scène en Afrique du Sud. Leur sélectionneur s’est confié à RFI avant le départ en stage de préparation.

Cela a été difficile d’établir la liste des 30 ?

Oui car on sélectionne mais on élimine aussi. C’est toujours un crève-cœur de sortir des joueurs avec lesquels on a fait un bout de route, un bout de chemin. Mais il faut choisir, c’est l’éternel problème...

Quels étaient vos critères pour former votre sélection ?

Le critère essentiel, c’était de bâtir un onze-type. Ou du moins pratiquement douze-treize joueurs qui se dégagent. Ensuite prendre les bonnes doublures. Autre critère essentiel : les mentalités pour que tout le monde vive bien ensemble pendant plus d’un mois.

Ce onze-type, vous l’avez déjà ?

Oui, évidemment. Je l’imagine. Lorsque j’ai établi ma liste, j’ai coché les joueurs que j’imaginais voir débuter la compétition. Mais il reste trois matchs amicaux et ils me serviront à peaufiner tout ça.

Cela veut dire que vous ne l’aviez pas trouvé pendant la CAN ?

On sait très bien que cela peut évoluer durant la compétition. J’étais parti sur le onze qui s’était dégagé pendant les éliminatoires. Mais je savais pertinemment que ce onze allait évoluer, compte-tenu de son profil. Certains joueurs arrivent un petit peu en bout de course..... Vous dites que je ne l’avais pas trouvé. Moi je pense que je ne l’avais trouvé en fin de compétition.

La CAN vous a servi de terrain d’expérimentation ?

Pour moi, c’est une compétition qu’il fallait aborder avec de l’ambition. Mais il fallait aussi s’en servir pour faire bouger les choses, pour voir des jeunes joueurs. Pour moi, c’était une étape incontournable.

Et quels enseignements en avez-vous tiré ?

Que c’était difficile de se concentrer dès le début de la compétition. Des joueurs sont passés rapidement des championnats étrangers à cette CAN 2010. Et puis j’ai vu que le fait de vivre pendant presqu’un mois ensemble, c’était très différent par rapport à des mini-stages de cinq-six jours. C’est incomparable. Il faut être capable de tenir la distance et trouver un mode de fonctionnement qui permette à chacun de se sentir bien durant près d’un mois.

Les matchs de préparation du Cameroun
- 25 mai : Georgie - Cameroun
- 29 mai : Slovaquie - Cameroun
- 1e juin : Portugal - Cameroun
- 5 juin : Serbie - Cameroun

C’est plus dur de le faire dans une équipe africaine que dans un club européen ?

Pas forcément. Mais il faut tenir compte des particularités. Il faut tenir compte de la culture. Moi, ça ne me gêne en rien mais on ne peut pas y échapper. Il faut vraiment avoir ça à l’esprit.

Il y a des choses que vous avez tentées à la CAN et qui n’ont pas marché ?

Non.On est sorti par l ’Egypte après prolongation en faisant un très bon match, en ayant renouvelé l’équipe. Il nous a manqué un peu de réussite. On a fait des erreurs individuelles qui nous ont pénalisé. Pour le reste, je suis content de la démarche car on revient de loin. Au mois d’août dernier, on ne savait pas si on allait obtenir la qualification à la CAN et encore moins à la Coupe du monde. Aujourd’hui, on est content d’y être. Il était nécessaire de faire bouger les choses, c’était indispensable. J’ai pris des risques mais en prévenant tout le monde et en étant clair dans ma communication et dans mes choix.

Quels risques ?

Changer des joueurs. Il y avait des joueurs qui étaient en place depuis très longtemps, qu’il fallait remettre en concurrence. C’est ce que j’ai fait. Je ne le regrette pas.

Vous pensez à qui ?

A Rigobert Song et à Geremi, bien entendu. Et à Carlos Kameni. Ces joueurs-là sont très très importants pour l’équipe nationale. Ils ont un parcours formidable mais ils doivent eux aussi être en concurrence avec les autres.

Que peuvent-ils apporter durant la Coupe du monde ?

Leur expérience, leur habitude des grands événements, leur capacité à vivre en groupe pendant un mois. Ce sont des joueurs importants pour la sélection. Ce sont des joueurs intelligents et je pense que même en étant en concurrence, même en étant plus des titulaires indiscutables, ils ont leur mot à dire. Peut-être sur le terrain mais aussi en dehors.

Quels sont les secteurs que vous voulez travailler en priorité ?

Tous les secteurs sont à travailler. On a des progrès à faire dans tous les secteurs. Il faut aborder cette Coupe du monde avec beaucoup d’humilité. Là on a le temps de travailler. On a un match d’entraînement et trois matchs amicaux. Tous les joueurs doivent travailler. Certains ont arrêté leur championnat depuis un moment. Il y a un travail physique à faire, un travail tactique. Il faut améliorer les choses pour trouver plus de complémentarité, trouver des automatismes entre les joueurs.

Tactiquement quel est le plus gros chantier ?

Je pense que ce que l’on a fait contre l’Italie (0-0 le 3 mars) est intéressant. Il faut travailler dans ce sens là. Après, il faut trouver une animation offensive comparable à celle que nous avions lors des éliminatoires. On a marqué pas mal de buts contre le Maroc, contre le Togo, contre le Gabon. Il faut retrouver de la vitesse, des complémentarités au niveau des attaquants.

Vous dites que vous avez votre onze-type en tête mais ce onze-type peut-il varier en fonction de l’adversaire ?

Il ne sera pas forcément toujours le même. Il peut varier en fonction des performances observées durant les matchs amicaux, pendant les entraînements. Mais les onze-douze que j’ai en tête ne seront pas remplacés par les onze autres dans l’équipe. Il peut y avoir une ou deux modifications mais je m’appuierai sur ce qui a été fait à la CAN. Je m’appuierai sur certaines expériences, notamment celles que nous avons faites contre l’Italie.


Paul Le Guen : « Je ressens une attente colossale »



Parlez-nous de vos adversaires dans le groupe E. Le Japon au 1er match puis le Danemark et enfin les Pays-Bas, cela va aller crescendo...

Je pense que les Pays-Bas sont au-dessus, clairement. Ils ont tellement de joueurs de talent qu’ils ne peuvent être que favoris du groupe avec Van Bommel, Robben, Sneijder, Van Persie... Ils ont une puissance que les autres équipes n’ont pas. Après, derrière, je pense qu’entre le Japon, le Danemark et le Cameroun cela peut-être serré. Mais nous avons notre mot à dire.

Vous aurez suffisamment de temps pour bien vous préparer ?

Oui, on a du temps. On ne commence la compétition que le 14 juin. Là, on rassemble les joueurs le 20 mai, cela laisse l’opportunité de bien travailler. Et puis on va bouger. On va faire des matchs amicaux difficiles mais intéressants. Ce sont des vrais tests. Jouer le Portugal au Portugal, la Serbie en Serbie, c’est compliqué. Ce sont des matchs durs mais je crois qu’on a besoin de ça.

Quel est l’objectif du Cameroun dans cette Coupe du monde ?

Le premier objectif, c’est de sortir de poules. C’est déjà une poule difficile avec des équipes proches les unes des autres. Après, si par bonheur on réussissait ça, on serait en huitièmes de finale. A partir de là, ça se joue au match par match et ça devient compliqué d’annoncer un objectif.

Il y a toujours beaucoup d’attente au Cameroun vis à vis de l’équipe nationale, d’autant que les Lions n’étaient pas en Allemagne en 2006. Vous ressentez de l’attente autour de l’équipe ?

Oui, je ressens de la pression. Je ressens une attente colossale parce que le lien entre l’équipe nationale et le peuple au Cameroun, c’est quelque chose d’incomparable. Moi, c’est la première fois que je ressens ça et forcément, ça donne des responsabilités. Ca donne la nécessité de s’engager complètement, de s’investir et de tout faire pour que ça se passe bien. Après, il y a les aléas du foot mais il faut vraiment bien bosser, ne serait-ce que par rapport à cette attente.

C’est facile à gérer tout ça ?

Ca va, j’ai une certaine habitude. On n’est pas à plaindre. S’occuper d’une équipe comme le Cameroun à la Coupe du monde, c’est quand même une expérience formidable.

Les joueurs camerounais ont la réputation d’être des compétiteurs-nés, vous avez pu observer ça déjà, depuis que vous êtes en poste ?

Oui, notamment durant les éliminatoires. Ils ont su faire l’union sacrée. L’objectif était suffisamment fort pour qu’ils soient complètement mobilisés. C’est ce que je veux retrouver à la Coupe du monde : la capacité à se mettre au service de l’équipe nationale. D’être unis pour les intérêts de l’équipe du Cameroun. Je crois qu’ils ont cette capacité-là, qu’ils ont cet orgueil là. J’espère qu’ils auront ce talent-là aussi pour les matchs de la Coupe du monde.

Vous avez déjà édicté des règles en ce qui concerne l’hygiène de vie, l’organisation, l’entourage de l’équipe ?

Ma préoccupation aujourd’hui, c’est que l’organisation se mette bien en place. On a déjà des petits problèmes de visas, des problèmes d’acheminement des joueurs. Moi je veux être en place le plus rapidement possible, être débarrassé de tout ça et s’entraîner parce qu’on a besoin de travailler sur le terrain, dans un cadre bien défini de discipline. Mais je suis assez confiant parce que, encore une fois, l’objectif est fort. Les joueurs savent qu’ils sont en position de réussir quelque chose de bien mais à condition d’être disciplinés et d’être concentrés.

Et pour y parvenir vous disposez de bons relais dans l’équipe...

On soulignait l’importance de Rigobert Song et de Geremi. Pour ça, ils sont utiles aussi. Ils sont capables de transmettre ce discours-là, de veiller à ce que ce soit respecté. Bon, évidemment, il y a Samuel Eto’o dont la présence est encore plus indispensable. Mais je pense que Geremi et Song sont aussi des relais intéressants.

En 2002, des problèmes de primes avaient miné la préparation. Tout est réglé de ce côté-là ?

Ca va être réglé. Avec le Ministère et la Fédération. J’ai demandé à ce que ce soit réglé le plus rapidement possible. J’ai pris les choses en amont et je veux que ce soit réglé avant.

Être sélectionneur d’une équipe africaine, ce n’est pas toujours évident. Il peut y avoir des pressions extérieures pour, par exemple, faire jouer l’équipe de telle ou telle manière, comment gère-t-on ça ?

Non, je n’ai pas eu à subir ce genre de pression. Je fais mes choix en totale indépendance. Je sais que c’est un privilège en Afrique mais c’est vraiment le cas. Je pense qu’ils ont très vite compris que je ne fonctionnais pas comme ça. Je suis tranquille et je travaille de façon très simple.

Ce sera la première Coupe du monde en Afrique, cela peut constituer un avantage pour les sélections africaines ?

Je pense qu’il peut y avoir une atmosphère favorable. Je pense que les Africains vont soutenir les Africains. Il y aura une solidarité et je pense que ça peut être un atout.

Les joueurs vont se sentir un peu « à la maison » ?

Oui j’ai ce sentiment-là. A travers ce que j’entends, ce que j’ai ressenti en Afrique du Sud lorsque je suis allé au tirage au sort et superviser nos installations.

Une équipe africaine peut aller au bout dans cette Coupe du monde ?

Oui, pourquoi pas ?

Le Ghana, la Côte d’Ivoire sont des équipes qui ont du potentiel. Quand on voit le potentiel offensif de la Côte d’Ivoire, on est impressionné quand même ! Ils ont la moitié de l’attaque de Chelsea avec Kalou et Drogba, ils ont Gervinho... Quant au Cameroun, évidemment que l’on fait tous ce doux rêve. Ce n’est qu’un rêve mais on a forcément ce genre d’espoir.

Par Christophe Carmarans / Eric Mamruth / Pierre Firtion

(source RFI. vendredi 21 mai2010)