Nous sommes le 25 juin 2010. Alors que demain nous commémorerons le 7e anniversaire de la disparition de Marc Vivien Foé, le destin nous impose un bilan affligeant certes, avec cette sortie en Coupe du Monde, mais de moindre tristesse au regard de la perte que notre nation a connu le 26 juin 2003 à Lyon.

Marco, paix à ton âme. Un leader manque à la Nation


Marc Vivien Foé
( 01.05.1975 - 26.06.2003) © Photo Ben Radford/Allsport

Tu n'aurais jamais voulu vivre une telle humiliation pour ceux qui t'ont connu, qui t'ont fréquenté, qui t'ont côtoyé. Pour cette patrie aujourd'hui bafouée, tu as laissé un vide, difficile à combler pour ta famille, pour tes enfants, pour ton pays aussi. Un leader manque à la nation parce que tu as donné ta vie à ce pays Pendant que certains badinent sous la bannière et que dans la tanière les malins s'amusent, d'autres plus loin mesurent la gravité de cette absence comme Lucien. Ce compagnon de chambre au matin d'un drame qui n'oubliera jamais qu'il a perdu un frère, un ami, un guide.

Rigobert Song, ton autre compagnon, a bouclé hier après 16 années et 9 jours, des moments que tu aurais du partager avec lui en Coupe du Monde, après Jacques Songo'o ( 1990-1994-1998-2002) il devient le deuxième joueur africain et Camerounais ayant participé à 4 éditions de Coupe du Monde et le 1er africain ayant disputé 4 fois cette compétition (1994-1998-2002-2010). Une distinction d'honneur certes, mais salie par ses pairs sans respect d'un homme, qui, bien que décrié, a toujours offert son engagement avec dignité à son pays. Le tout dans la loyauté et l'abnégation.

En 1994, vous avez ensemble effectué vos débuts dans cette compétition. Une distinction d'honneur que nous te décernons à titre posthume, mais à travers laquelle nous voulons te dire combien les choses vont de travers pour ton pays le Cameroun. Et rajouter que ce football que tu as connu n'est plus d'actualité. Tout va mal, très mal.

Le crépuscule des champions !

Lorsqu'on regarde notre bilan en Coupe du Monde, il nous montre des chiffres que nous ne voulons pas voir. Ce bilan nous invite plus à la réflexion vers une amélioration de nos performances dont la moyenne est critique pour ne pas dire faible. Mais lorsqu'une nation se plaît à s'accrocher à la nostalgie laissée dans les cieux par une comète, la désillusion nous guette et nous expose à un résultat aussi pauvre et un constat d'échec affligeant.

En 6 éditions de Coupe du Monde, le Cameroun aura disputé 20 matches et engrangé 4 victoires, 7 nuls et 9 défaites. Les Lions Indomptables affichent ainsi des statistiques assez peu élogieuses pour prétendre actuellement à mieux ou à des titres pompeux : (1/5 victoire, 1 /3 nul, 1, 3/2 défaite).

Paul Le Guen est responsable, mais...

La responsabilité technique de l'équipe nationale, qui désigne le sélectionneur en cas de résultat négatif comme celui qui doit porter et assumer les responsabilités, est un exercice facile et logique mais qui ne doit pas masquer les failles d'un système qui ont mené le sélectionneur dans une telle situation.

Nous ne reviendrons plus sur la performance sportive du Cameroun. La défaite face aux Pays-Bas a conclu le bilan du Mondial 2010 avec zéro point. Nous ne parlerons plus de la perméabilité de ce flanc gauche des Lions durant toute la compétition qui aura reçu la palme de médiocrité pour l'ensemble de son œuvre. Avec 5 buts concédés durant cette Coupe du Monde, nous affichons un autre record, qui met au passif de Paul Le Guen une performance dérisoire.

En mars 2009, lorsque nous avons lancé l'appel au plan d'urgence pour les Lions Indomptables après le Togo-Cameroun (1-0) d'Accra qui a scellé le sort de Otto Pfister, la restructuration de notre politique générale sur le football national peu avant les élections à la tête de la fédération, a été posée comme une question fondamentale qui exigeait de chaque candidat un projet propre et clair à présenter au public Camerounais .

Nous avons dénoncé les résultats de nos clubs dans les compétitions africaines et internationales, souligné les dérives de la formation, et l'absence des professionnels du football au sein d'un appareil comme la FECAFOOT qui est censé diriger les footballeurs.

Nous avons souligné la nécessité d'une Règlement intérieur au sein des Lions, d'une Charte d'engagement sous les couleurs nationales et des sanctions pour ceux de nos compatriotes qui s'en éloigneraient, notre pays est resté dans l'idolâtrie et le copinage source d'un laxisme coupable qui rend explicable chaque écart de comportement, une attitude qui a laissé place à l'impunité tolérée par nos instances qui ont laissé croire dans notre pays qu'un footballeur professionnel peut faire à son gré sous les couleurs nationales ce qu'il ne fait pas en club .

  • Albert Roger Milla, à titre de président d'honneur de la Fécafoot, a-t-il proposé des solutions aux organes dirigeants de la fédération ?
    Albert Roger Milla est-il consulté par le président Iya Mohammed dans ses prises de décision même si l'ambassadeur itinérant n'a pas de voix délibérative aux assemblées ?
    A qui doit-il adresser ses rapports, ses craintes et ses constats ? Nous excluons la presse étrangère à ces questions à choix multiples.
    Quelles sont les prérogatives de l'Ambassadeur itinérant en matière de football national ?
    N'est il pas temps de lever le flou sur ces fonctions superflues ?

Il faut  des propositions concrètes pour la jeunesse, une direction pour l'avenir.

Paul Le Guen, responsable et ignorant, malgré les appels qui lui ont été adressés, s'est fermé par inaptitude et fait le dos rond sur nos réalités locales. Il peut se plaindre de ''n'avoir pas eu un groupe plus soudé que ça'', une nation ne se gère pas comme un club, on ne dirige pas des internationaux comme des salariés mais comme des patriotes. Comme un commando ou une armée d'élite. L'adhésion au projet de groupe se fait autour de la patrie et non des hommes. Ces derniers doivent plutôt se battre pour la nation et c'est ce qui fait la force d'une Equipe Nationale.

Mais la politique ne doit pas prendre le football en otage

Le rôle de la politique n'est pas de gérer le football fédéral comme la tendance se prête actuellement à souhaiter, ni de le prendre en otage, mais de lui donner les moyens de mieux générer ses ressources et de favoriser son auto développement pour le bien de la nation et de la jeunesse. Lorsque le ministre s'occupe de rentrer dans le vestiaire pour proposer une liste au sélectionneur, c'est que l'organisation fout le camp et que nous courons à la dérive. Mais si nous en sommes arrivés là, c'est que des erreurs ont été commises de part et d'autres dans ce système. Des fautes que chacun doit assumer Le temps n'est-il pas venu enfin de mettre ce système à plat et proposer des solutions nouvelles avec des gens nouveaux vers une dynamique nouvelle ?

On ne peut pas faire du neuf avec du vieux, mais tant que certaines questions restent en suspens, notamment celle du salaire moyen du sélectionneur national et des entraîneurs nationaux. Celle du rôle des managers véreux auprès des entraîneurs nationaux toutes catégories confondues. Cela parce que le retour à la logique nationale est un risque pour la professionnalisation de notre équipe nationale et qu'avec des dérives vers le corruption qui ont émaillé la tanière par le passé, il ne faudrait pas se louper.

Daniel Pascal Nsongo