● Samedi 2 juin 2012 à Yaoundé. Après un spectacle d'une tristesse inouïe, l'équipe nationale du Cameroun est venue à bout de la sélection congolaise dirigée par Claude le Roy en match comptant pour les éliminatoires de la zone Afrique pour la Coupe du monde 2014 au Brésil.


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Mais que ce fut poussif dans tous les sens du terme ! Sur l'ensemble de cette expédition des Lions, de Metz à Yaoundé, les signes d'une catastrophe sportive sont restés perceptibles et l'inquiétude a gagné un public qui exige de la qualité et de la performance à son équipe nationale et c'est là que les choses se compliquent. La sélection fanion en a-t-elle les moyens ?

Grace à Eric Maxime Choupo-Moting sur penalty, le Cameroun a gagné in extremis. En se faisant justice, le sociétaire de Mayence confirme en l'absence de Samuel Eto'o Fils, son statut de joueur providentiel avec 4 buts en 3 matches, peu importe la modestie des adversaires.

À l'issue de cette rencontre, le sélectionneur du Cameroun, Denis Lavagne, s'empressait de dire à la presse l'air hautain : « beaucoup de monde attendait qu'on perde ». À qui faisait-il allusion ?

À chacun son cauchemar. Pendant que Lavagne voit des mauvais esprits partout dans les couloirs des vestiaires, notre cauchemar à nous et celui du public présent samedi reste focalisé sur la piètre prestation de ce qui reste des Lions indomptables. Un match insipide auquel nous avons eu droit pendant 94 mn. Si nous acceptons la victoire car elle vaut bien 3 points, le contenu médiocre de cette rencontre ne peut être justifié par cette forme d'autosatisfaction et une telle arrogance. On ne peut pas continuer comme ça !

Même si rien ne nous surprend vraiment, tant la chronique annoncée de ces derniers mois a été précise sur l'erreur de casting concernant le poste de sélectionneur national, et au delà des conflits d'intérêt que sa nomination sous l'onction de Mr Iya Mohamed abrite, nous restons convaincus que ce n'est pas en additionnant les joueurs issus de Coton Sport de Garoua que les Lions vont retrouver leur standing perdu. C'est un simple constat fait samedi dernier sur les éléments de coordination de ce groupe depuis la prise de fonction du nouveau sélectionneur. Seulement, les tares vont bien au delà de notre constat, comme si le sélectionneur voulait inconsciemment légitimer son travail. Or il se trouve que cette cuvée de joueurs est moyenne et limitée pour le projet des Lions et ne tiendra pas la route.

Lavagne n'est pas Le Roy et loin s'en faut !

De Metz à Yaoundé que de couacs ! La défection de Kana Biyik, les indisponibilités des uns et des autres, l'absence d'entrainement de certains cadres, les remplacements de joueurs à l'emporte pièce. Nous nageons en plein dans le ridicule et le cafouillage d'un entraineur amateur, sans méthode, qui a accepté une mission par contrainte alors qu'il sait que la tâche est au dessus de ses compétences, démontre un manque d'honnêteté intellectuelle qui risque de mener notre fleuron tout droit vers la catastrophe.

Denis Lavagne est un homme sans vision et sans projet de jeu pour une équipe du niveau du Cameroun. Il est impossible d'entraîner les Lions Indomptables avec des joueurs moyens et sans joueurs d'exception. Nous sommes bien loin du Claude Le Roy de 1985, et que cesse cette stupide comparaison. Denis Lavagne n'est pas Le Roy tant sur la psychologie du groupe que du projet d'élite en lui-même ou son animation. L'actuel sélectionneur est bien en dessous de la valeur de son illustre prédécesseur et adversaire de samedi.

Toutes les grandes équipes incarnent la philosophie de jeu prôné par leur coach, celle affichée par les Lions Samedi a provoqué ire et réaction du public entrainant un jet de cailloux et de pierres sur l'autobus des joueurs en signe de désaveu. Contre les Simbas, l'équipe du Cameroun nous a révélé le bagage de son sélectionneur, un individu sans tempérament ni personnalité, sans style, dont on a eu l'impression qu'il n'avait pas d'emprise sur son groupe sinon que le droit de fixer la liste maladroite du onze entrant, dont il ignorait les forces et les besoins tactiques.

Heureusement que le capitaine du jour, Idriss Carlos Kameni, a confirmé tout au long de la partie son état de grâce, parce que dès le début de cette rencontre nous avons senti les Lions perdus, désorientés, désœuvrés. Les signes palpables que le match contre la Guinée Bissau avait déjà permis de souligner il ya quelques mois, ont ressurgi face à la RDC avec une organisation poussive et empruntée, sans véritables leaders techniques dans le jeu, sans cohésion ni automatismes.

De Landry Nguemo, à court d'entrainement et en pleine décompression de sa saison, à Stéphane Mbia sans inspiration ni impact et jugé hors de forme, on a eu un Alexandre Song passé à coté de cette rencontre. Seul Kameni a donc tenu son rang dans un groupe dont la composition inquiète pour les campagnes à venir.

Par ailleurs, la titularisation de Mandjeck au poste de latéral droit confirme le coté « bricoleur du dimanche » du sélectionneur qui a confectionné une sélection depuis un mois sans profil d'arrière droit type. Une solution de dépannage n'est pas une solution de conquête et à domicile une équipe ambitieuse ne saurait présenter un profil aussi irréaliste.

Devons nous être surpris que le flanc droit des Lions soit resté inactif avec donc Nguemo, Mandjeck et Choupo-Moting complètement éloigné de sa position préférentielle ?

Quel style de jeu pour les Lions Indomptables ?

À Lavagne de nous répondre car la titularisation de Léo Kwekeu au poste d'avant -centre nous situe l'esbroufe permanente du sélectionneur qui plante un jeu sans mouvement sur les cotés et une contradiction majeure avec le choix de joueurs puissants à la récupération, éliminant tout soutien offensif axial.

Peut-on évoluer sans leader technique à ce niveau ? Non, sauf si nous confondons un match de l'équipe nationale à ceux que proposent le championnat national dont Lavagne en a la coutume sur des terrains rugueux comme celui que la Fécafoot a honteusement proposé à la délégation congolaise. La malheureuse latérite du stade annexe du Complexe omnisport pour sa séance de préparation d'un match de coupe du monde.

Vouloir faire du football en méprisant la technique n'est pas de notre sensibilité comme de celles de beaucoup de Camerounais. Sur le plan international, un minimum de technique collective et individuelle est requis et nous avons bien peur que le contingent actuel des lions indomptables soit en défaut sur la question.

Un sélectionneur au service de la cabale des chefs

Denis Lavagne a été parachuté par Mr Iya Mohamed à la tête de la sélection camerounaise sans qu'il n en fasse la demande, sans qu'il ne remplisse un dossier, sans appel d'offre, sans concurrence. Ce qui a ressemblé à une nomination alors que la désignation est la forme par laquelle on accède à cette fonction. Était-ce une question de prix ? Puisqu'il est sans contrat au moment où nous écrivons ces lignes, Pour quelle raison le Cameroun doit-il en faire les frais ? La belle et glorieuse histoire de notre football doit elle en pâtir ?

Mr Iya Mohamed a-t-il donné le droit à son sbire de mépriser le gotha et le patrimoine de notre football ? Peut-être qu'ils ignorent les sacrifices consentis par des soldats comme Roger Milla, Joseph Antoine Bell, Thomas Nkono et bien d'autres qui ont édifié la maison Lions Indomptables. Nous pouvons accepter toute incompétence de la part de Lavagne, mais jamais nous ne validerons le manque de respect envers ceux qui ont fait de notre pays ce qu'il est en matière de football.

Mr Lavagne, tant que vos œuvres seront insignifiantes, avoir un peu d'humilité ne serait pas de refus pour tous. Il ya une limite à ne pas franchir car seul les joueurs risquent d'en payer le prix fort par le désamour du public. Le désaveu des Lions Indomptables doit occuper les esprits de tous car une fois la limite de l'acceptable franchie, le retour sera difficile car il n ya pas d'équipe nationale sans public. Que le sélectionneur soit aux services du roi ou de quiconque d'autre, sa communication doit être impeccable sur la forme et sur le fond.

Parce que les réunions n'accouchent pas de meneurs d'hommes, des Lions médiocres sans leader ont suscité le soulèvement du « Shaba » à Mfandena qui a réclamé ETO'O, à juste titre car le public samedi s'est ennuyé ferme devant un football sans panache et sans audace. Vincent Aboubacar, l'autre coqueluche montante de l'attaque des Lions, était quasiment absent, ignoré des choix sans explication alors que le morne jeu sans éclat de cette équipe du Cameroun avait besoin de folie.

Nous avons vu Edgar Salli, une autre trouvaille de Denis Lavagne, mais nous avons aussi compris que son intégration au sein des lions est précipitée. Nous ignorons pourquoi cet acharnement sur un jeune joueur au volume moyen pour la tâche qu'on veut lui assigner ! Je suis prêt à défendre devant quiconque que l'intégration d'un joueur de deuxième division française aux côtés des joueurs de division d'élite doit répondre à des critères d'excellence incontestables de virtuosité que les statistiques du monégasque sont loin de confirmer. Aussi dans ce cas précis, tant que les sélections de complaisance ne cesseront pas, on s'éloignera encore plus de la performance recherchée.

De 2010 à 2012, soit depuis le départ de Paul Le Guen, nous assistons au démantèlement d'une ossature prometteuse pour une carapace vide. D'abord par l'échec de Clemente et maintenant de l'inaptitude de Denis Lavagne avec à chaque fois un éternel recommencement. Pourtant avec des joueurs en place par petites doses Le Guen avait réussi à tirer ce groupe vers le haut avant que les conflits d'égo et son indécision ne plombent le projet du groupe.

Nous ne pouvons donc soutenir l'appauvrissement du jeu des Lions Indomptables sous prétexte que son entraîneur est bon marché. Dans 5 jours ce sera la Lybie en Tunisie puis la Guinée Bissau à Yaoundé et pour cela, nous avons besoin d'une qualité dans le management, dans le coaching, dans la vision. Sinon dans deux mois,ils  joueront à portes ouvertes et sans public on va droit vers ce risque !

Daniel Nsongo