● La sentence du baromètre de la santé sportive des nations est tombée comme tous les mois et notre pays a atteint un seuil historique.


Une formation des Lions Indomptables du Cameroun © AP

Le dernier classement FIFA a donc rendu sa copie. Cet outil qui permet de surveiller, la compétitivité sportive et l'organisation des nations autour d'un barème de points, a suscité autant que tous les autres sujets qui touchent à la sphère football dans notre pays, un élan dénonciateur de ce qu'on pourrait désormais qualifier « de tristes mérites de notre fédération et de son président ».

Pour l'équipe dirigeante de la fédération, cela peut paraitre banal en première lecture car il ne s'agit que de simples chiffres, mais les causes d'une telle descente aux enfers ne sont pas anodines. Elles sont bien perceptibles à travers la routine et le mode de fonctionnement archaïque et inadapté opposés à ce que nous impose la culture du football moderne : une organisation.

Comme dans tout système organisé, les disfonctionnements non résolus entraînent toujours des conséquences dans le rendement optimal espéré, et la 71ème place au classement FIFA du mois d'octobre 2012 de l'équipe nationale du Cameroun en est la preuve. Même si la note de performance n'émeut plus personne dans cette maison, et c'est ce qui est triste à dire, peut-on seulement s'imaginer le sentiment qui habite chaque Camerounais à la lecture de ce classement sans espoir tous les mois ? Il y a quelques jours, pour créer un électrochoc dans la tanière, il a fallu l'intervention hautement hiérarchique de l'État pour que les moutons se calment dans la bergerie. Pourquoi ?

Du prestige à l'illusion des Lions et le contingent des médiocres

En 10 ans, la courbe de performance des Lions Indomptables à ce baromètre est passée du soleil à l'éclipse, balayant sur les trois dernières années, le prestige acquis depuis 40 ans de vie. Un triste constat qui rend nos espoirs illusoires et nos prévisions désespérées, du moins tant que la gestion fédérale ne changera pas de tête.

De 2002 à 2009, le Cameroun sur le plan continental qui a toujours occupé l'une des deux premières places dans le classement des nations africaines, fort de ses campagnes des 30 dernières années et de la dynamique des Lions Indomptables a dû, depuis 2010, céder sa place à l'Egypte d'abord, puis à la Côte d'ivoire ensuite. Le classement africain étant une conséquence de celui de la FIFA, les Éléphants classés 16e nation au classement mondial d'octobre occupent la tête de file du continent pendant que l'inadmissible mais malheureusement justifiée 15ème place africaine des Lions Indomptables est aussi liée par ce fait à sa position mondiale actuelle, 71ème.

Comme par mimétisme, de la Réserve de Waza à la Teranga, jusqu'à l'Atlas les Lions du continent constituent non seulement les déceptions parmi les géants d'Afrique, mais aussi un véritable contingent de cancres dans ce classement. Le Sénégal (68e), le Cameroun (71e) et le Maroc (73e), chacune de ces nations nation en a pour son grade. Pour diverses raisons, les Lions font le yoyo d'un pays à l'autre, mais le cas du Cameroun est singulier et peut s'expliquer.

D'Otto Pfister à Denis Lavagne

Depuis la dernière finale disputée par le Cameroun à la CAN 2008 sous les ordres du sélectionneur Otto Pfister, les Lions, qui avaient atteint la 13ème place au classement mondial, ont plongé de la 19ème à la 29ème place. Or l'arrivée de Paul Le Guen a été marquée, dans la première partie de sa mission de août 2009 à décembre 2009, par une pic de performances qui a porté le Cameroun jusqu'au rang de 11éme nation mondiale. Le retour de la CAN 2010 et les difficultés à digérer une mauvaise prestation en Angola a fait reculer le Cameroun à la 2ème place continentale et à la 20ème place mondiale juste avant le Mondial disputé en Afrique du sud. L'approche de cette compétition a vu les pays qualifiés mettre à contribution les dates FIFA préparatoires de cette compétition en 2010.

Cela nous amène à souligner que pendant les 12 mois sous la conduite de Paul Le Guen, aucune date FIFA n'a été snobée par l'équipe du Cameroun. La réussite d'un projet sportif de haut niveau dépendant souvent de paramètres autres que le sport lui-même. La coordination dans le management des Lions a été sans faille dans son aspect opérationnel. La mise en place par le Français d'une équipe professionnelle qui maîtrisait chaque secteur des structures d'une équipe dans le domaine sportif a ainsi permis au Cameroun de se hisser à ce niveau mondial. On en a tiré une certaine fierté parce que sur ce volet précis Paul Le Guen était dans le vrai.

Mais à la sortie de la Coupe du monde, l'échec enregistré par les lions pour les raisons connues de tous désormais, va faire perdre 20 places au Cameroun qui héritera de la 40éme place mondiale en juillet 2010. Comme quoi la compétitivité sportive des nations est primordiale pour tenir le rang sinon on se noie.

La prise de fonction de Javier Clemente va peu à peu nous faire glisser dans les tâtonnements d'une fédération dépassée et à court d'idées. Les dates FIFA sont négligées, la coordination des Lions est abandonnée, ou alors peu suivie. Le Cameroun joue 1 match amical sur 2 et puis 1 sur 3 jusqu'à rien du tout. Le match contre la RD Congo est déplacée en zone sanitaire sinistrée, des joueurs malades, vaccination contre le choléra 72 h avant le match. Puis les conflits nés de la Coupe du monde pourrissent une tanière livrée à elle-même, les séquelles de ce rendez-vous manqué en Afrique du Sud déroutent les lions qui ne se qualifient pas pour la CAN 2012. Lourde de conséquence, cette non qualification va faire basculer le Cameroun dans la classe des nations faibles, affaiblies pour certains. Mais quoi qu'on dise, la valeur comptable au bout de ces résultats chaotiques et de tant d'amateurisme fini toujours par prendre du plomb.

Quand arrive Denis Lavagne en octobre 2011, le Cameroun est classé 47éme mondial, la gagne et le sens du jeu touchent le fond. Enrôlé sur la base et les critères d'une solution économique, nous sommes surpris que les Lions aient accusé un déficit financier qui entraîne de telles mesures austères après le Mondial. Les primes des joueurs sont étriquées et après Marrakech, un crime de lèse majesté entraînera la suspension du capitaine et une explosion de la tanière après le piquet d'Alger., une autre date FIFA manquée. Après cette crise sévère, on va assister à tout et à n'importe quoi au sein et dans l'environnement immédiat des Lions Indomptables. La nomination de Rigobert Song n'y changera pas grand-chose. De décembre 2011 à avril 2012 nous sommes lentement descendus à la 64ème place mondiale avec une seule rencontre amicale en 9 mois.

Comme cerise sur le gâteau, avec la défaite face au Cap Vert, le Cameroun est désormais dans la pénombre du football africain dans une position insignifiante derrière l'Ouzbékistan, et bien loin derrière notre adversaire du 14 octobre, le Cap-Vert, classé... 51ème nation mondiale. Non vous ne rêvez pas, ce n'est que la triste réalité !

Le déficit d'image, une ligne à ne pas franchir

Si l'incompétence au sein de la gestion de la Fécafoot n'est plus à relever, l'absence persistante de moyens mis pour obtenir des résultats indique bien le manque de volonté notoire de cette instance dans l'amélioration de nos résultats sportifs. Paul Le Guen, par sa voie de recrutement qui n'était autre que suprême, avait obtenu de la fédération et du ministère des sports toutes les garanties pour mener à bien sa mission.

Mais au regard des sommes générées par la Coupe du monde 2010, malgré notre dernière place, nous sommes étonnés de l'attitude plutôt passive, radine et désinvolte de notre fédération. Quand on sait que la bonne organisation et la performance ont un coût, les responsables du football camerounais feignent de l'ignorer au point de mettre à mal l'image des Lions Indomptables. Les conséquences marketing ne se feront pas atteindre. L'annulation des rencontres amicales commence à se faire familière et nous nous posons moult questions, comme celle de savoir pourquoi le Cameroun ne sollicite-t-il pas de matchs amicaux ? Depuis combien de temps la fédération n'a-t-elle plus organisé de match amical à Yaoundé ailleurs dans le monde ?

La stratégie camerounaise qui reposait sur le prestige et la vente de l'image positive des Lions sur le plan international n'est plus efficace. Cela à cause du déficit d'image que ceux qui profitent ont provoqué oubliant qu'en marketing,cet élément est une ligne rouge, une épée de Damoclès qui plane désormais au dessus des lions. C'est une situation qui, si elle venait à perdurer, contraindrait la fédération à brader les Lions Indomptables.

La gestion de l'après Coupe du monde trop politisée a été ratée à notre gout , les autorités parlant de tout sauf de ce qui permet à une équipe de rester compétitive. Le constat d'une absence criarde de matches amicaux depuis plusieurs années et une mauvaise exploitation des dates FIFA. La baisse de la valeur intrinsèque de l'équipe du Cameroun, un effectif de joueurs sans dépassement de soi et sans expérience. Les atermoiements techniques et des résultats médiocres mais aussi l'absence à une CAN , nous ne souhaitons pas une deuxième le contre coup serait très préjudiciable,  Voilà la somme de couacs qui nous a menés droit vers le fond.

Pour sortir de cette spirale il nous faudra hélas du temps, de la stratégie, de la méthode mais surtout beaucoup de patience car il est plus facile de sombrer que de briller.

Le Cameroun au 71ème rang mondial, ça ne ressemble pas à notre histoire !

Daniel Nsongo