● Le talent du footballeur camerounais gît dans sa capacité à créer l'évènement du néant. Alors que nous pensions notre vécu fourni en l'espèce, la génération actuelle des Lions Indomptables décidément excelle dans l'art de reproduire le chaos.


Le 14 novembre 2012 contre l'Albanie à Genève. Debouts de gauche à droite : Eto'o, Matip, Nyom, Webo, Bedimo, Ndy Assembe. Penchés : Olinga, Makoun, Nkoulou, Emana, Kana-Biyik.
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Après la dernière place obtenue lors de la Coupe du monde 2010 pour des raisons qui restent toujours triste à évoquer, la non qualification à deux éditions de coupe d'Afrique 2012 et 2013, malgré le Marrakechgate et les pratiques de la sorcellerie en équipe nationale, jusqu'à la défection de 11 des 21 joueurs convoqués pour la date Fifa du 6 février 2013 en match amical, la Fécafoot chancelle sous le feux des clans. Comme si le sort s'acharnait sur le destin des Lions, nous nageons en plein chaos...

Mais faut-il, ô diantre, continuer avec cette génération ? On se rappelle qu'en France après 1996, la génération de Papin, Cantona et Ginola a été sacrifiée par Aimé Jacquet pour passer à autre chose. Au Cameroun, faut-il creuser d'avantage alors que nous avons déjà touché le fond.

Akono et la planche savonnée

La récente sortie des Lions Indomptables en match amical contre la Tanzanie a choqué et déçu bien de monde autour de la tanière. Un bateau fissuré qui prend de l'eau à tout va, une machine désorganisée, une sélection nationale, celle du Cameroun qui fait pitié à voir dépérir.

Si le score du match, 1-0, a confirmé la défaite ô combien prévisible des Lions, ce n est pas le penalty de la 23ème mn stoppé par le portier camerounais Effala Konguep, ni le but refusé aux camerounais à la 75ème mn qui viendront nous faire oublier les atermoiements d'une coordination hasardeuse et d'une préparation de match dénuée de tout professionnalisme et de liens de la part de tous les acteurs sans exception.


Le 6 février 2013 à Dar-es-Salaam contre la Tanzanie. Debouts de gauche à droite : Effala, Kingue Mpondo, Nyom, Bedimo, Aboubakar, Wome. Penchés : Olinga, Ngoula, Assou-Ekotto, Tchami, Aminou. © DR

Une fédération, des dirigeants aux joueurs, du team manager, jusqu'à l'entraineur sélectionneur, la charge des responsabilités est distributive et sans appel. À l'exception d'une poignée de personnes, bien de gens ont manqué à leurs obligations.

Mais puisqu'à la tête d'une chaîne, comme dans toute organisation fédérale, il y a une cellule qui est garante des protocoles. Au regard des éléments isolés, compte tenu de la complexité du calendrier des compétitions tant au Cameroun qu'ailleurs, rassembler des joueurs qui évoluent en championnat dans plusieurs pays européens pour un voyage en Tanzanie en cette période de l'année, demandait une meilleure maitrise de la coordination.

Des plans de vols au protocole de présélection, en passant par le voyage de Jean-Paul Akono en Afrique du Sud. Mais avec le limogeage de Etongue de la Fécafoot, la planche du coach nous a paru plutôt bien savonnée, tant qu'il est trivial que le team manager actuel ne maitrise pas encore parfaitement les dits protocoles. Qu'on ne s'étonne donc pas que le résultat de cette machination soit une des causes qui ont entrainé ire et colère avec l'effet boule de neige servie par les joueurs.

La fédération savait ce qu'elle posait comme acte à chaque étape de l'organisation de ce match. Du choix par défaut de l'adversaire jusqu'à la validation du déplacement, il aurait été plus simple pour tous de jouer à Yaoundé que de se disperser dans les voyages interminables.

Comment peut-on expliquer que ce soient les Tanzaniens qui émettent le billet de Nicolas Nkoulou ? Qui leur a transmis le premier plan de vol du dimanche matin alors que son club L'OM jouait en fin de journée le même jour en France ?

Désormais dans cette guéguerre où tous les coups sont permis, les camerounais ont ils vraiment besoin de ça ?

11 joueurs non présents sur 21 sélectionnés à 24 h d'un match amical international, c'est du jamais vu bien que chacun se justifie à sa façon. Qu'on ne s'y trompe cependant pas, il va falloir que quelqu'un paie la note.

Le cas par cas, un spectacle ridicule

Le renouvellement d'un titre de séjour n'est pas un évènement soudain dans la vie d'un étranger en Europe. C'est une date connue à l'avance, et le cas de Benoit Angwa a été d'un ridicule déconcertant pour justifier sa défection. Pourquoi le coach n'a-t-il pas eu l'information à temps ou à réception de la pré-convocation ? Le renouvellement d'un titre de séjour pour un joueur professionnel obéit-il aux mêmes canaux classiques qu'un étranger particulier ? Nous pensons que non. Mais si l'excuse tient, nous n'avons pas le choix sauf qu'on aurait pu anticiper cette défection et minimiser l'évènement.

Mais quand à ce cas se rajoutent dans la même journée, les cas Nicolas Nkoulou, Jean-Armel Kana-Biyik, Achille Emana, Jean II Makoun, Alexandre Song, rien que pour la journée du dimanche 3 février, l'effet boule de neige ne laisse aucun doute. Y a-t-il eu concertation en riposte aux manquements administratifs ?
Si tel était le cas, les joueurs n'ont pas mesuré les conséquences de leurs actes. Pour ceux qui ne sont pas présentés, en dehors d'un Landry Nguémo médicalement déclaré inapte dans les délais par son club, à qui s'adresse ce désaveu massif ? Jusqu'à la confirmation des indisponibilités pour raison médicale, la guerre des clans aux intérêts divers n'a pas fini de ronger cette équipe.

Jean-Paul Akono a-t-il eu raison de rappeler en sélection Pierre Wome Nlend, compte tenu des incidents relevés lors du rassemblement face au Cap-Vert dont celui concernant le numéro 3 que porte Nicolas Nkoulou ?

II faut arrêter de nous faire croire qu'en équipe nationale on n'est pas obligé de se parler, c'est faux. La présence d'antagonistes crée des tensions sourdes dans un groupe et favorise l'implantation de clans. Voilà, hélas, où nous en sommes au sein des Lions.

La gestion de la communication sur le cas Chedjou a-t-elle renforcé les divisions dans ce groupe ? Le coach fait ses choix oui, mais il n'est pas obligé de mentir sur un joueur. Ses sorties médiatiques n'ont convaincu personne, même pas ses joueurs qui savent désormais que cet homme est capable de mentir à leur sujet. Les joueurs se sentent-ils protégés par ce sélectionneur ?

L'appel de Jocelyn Mayebi (gardien de but en 5ème division anglaise ) au détriment de Kameni (Liga espagnole) ET Ndy Assembe (Ligue 1 française) est elle explicable ? Comment peut-on convoquer un gardien de but, Itandje, en occurrence sans savoir exactement dans quel club il évolue au moment où on lui adresse la convocation, à moins d'avoir une mémoire sélective.

Dans cette dernière aventure, le sélectionneur national, Jean-Paul Akono, a manqué de recul. Une erreur de jugement qui risque de lui être fatale, quand on connait le climat d'instabilité qui règne au tour de notre équipe nationale.

Ce la ne doit pas exclure le fait que la procédure de convocation des joueurs a été mal exécutée d'un bout à l'autre de la chaîne administrative. Le voyage de la délégation de Paris à Dar-es-Salaam via Amsterdam a présenté des irrégularités, de la légèreté aussi et beaucoup de désinvolture de part et d'autre. Des erreurs qui en sont arrivées à irriter les joueurs malmenés comme des colis d'un terminal à un autre, d'une situation à une autre, comme l'illustrent les cas Emana et Nkoulou. Ça en devient lassant à la fin.

Le malaise des Lions Indomptables devient trop perceptible, trop prévisible pour oser croire que d'un tel groupe on peut espérer la gagne. Dans cette génération qui n'a rien remporté depuis des années et qui ne gagnera certainement plus rien, l'anarchie est installée et se confirme à chaque échéance. Un désordre indicible qui, dans notre football, risque de faire perdre tant d'années de sacrifices, de bonheur, d'histoire et de gloire.

Mais avec ou sans Jean-Paul Akono, si nous ne laissons pas ces athlètes de côté pour construire une nouvelle dynamique, le Cameroun jouera son sort au poker puisque de cette fournée nous ne pouvons attendre que le chaos.

Daniel Nsongo

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