• La sortie des Lions Indomptables hier n'a pas convaincu grand monde, battus par une équipe du Mexique, rapide, adroite, technique et tactiquement au diapason. Les joueurs de l'équipe nationale du Cameroun ont laissé les fans et nombreux supporters du Cameroun face à une multitude d'interrogations


Le Onze de départ hier à Natal © Getty Images

Elles sont légitimes car sur le plan du jeu, nous avons assisté à la plus mauvaise entame des Lions Indomptables de l'histoire du Cameroun en Coupe du Monde depuis 1982.

 

Au commencement les choix de départ et les hommes de base

Pour ceux qui ont débuté la partie, la présence d'Aurélien Chedjou hors de forme dans l'axe en lieu et place de Joël Matip, qui avait donné de meilleure garantie dans sa forme, sa technique et sa lecture de jeu depuis le début du stage aux cotés de Nicolas Nkoulou a surpris. Tout comme la titularisation de Benoît Assou-Ekotto à la place d'Henri Bédimo dans le secteur défensif.

Ces deux décisions ont replongé les Lions dans un schéma connu en termes de fébrilité défensive, et une incapacité à maintenir une ligne de récupération à distance sécurisante pour éviter le siège des adversaires.

Hélas, ce que nous avions vécu contre l'Allemagne pendant les premières minutes du match, a été revu hier pendant quasiment tout le match sans que les joueurs ne trouvent la solution, pourquoi ?

Si face aux Allemands, les Lions s'en sont mieux tirés sur la distance, il y a eu à faire face à un dispositif allemand avec 4 défenseurs de base à plat ; un système qui était plus adapté au 4-3-3 camerounais. Or hier, face à un 3-5-2 comme celui que les Mexicains ont présenté avec une animation de jeu en mouvement, le milieu de terrain camerounais dès les premières minutes du match hier à Natal, a montré des signes alarmants de détresse.

Le milieu, débordé, statique, sans inspiration, c'est la défense centrale qui a pris le bouillon d'entrée de jeu. Concédant des boulevards sur le côté, peinant dans son positionnement, laissant l'impression d'un bloc complètement en perdition. En laissant la manœuvre aux Mexicains, ce fut une erreur tactique que les Lions ont payé comptant.

Si la formule de 3 milieux défensifs Mbia-Enoh-Song était attendue de tous et prévisible, c'est la forme du jour des joueurs qui a été à déplorer sur l'ensemble de la partie. Le milieu camerounais qui n'a pas su imposer son empreinte dans le match, a déstabilisé par sa désorganisation.

Résultat des courses, toute l'équipe nous est apparue aux abois, face à ses adversaires qui, dès la 1ère minute, ont précisé leurs velléités offensives en attaquant à 7 contre 4.

La jeunesse de Cédric Djeugoué a été merveilleusement mise à profit et le couloir gauche mexicain ayant été la zone de manœuvre préférentielle. Là, le dispositif tactique Camerounais exigeait déjà une mise au point lisible car de la 2ème minute à la 7éme avec une possession de balle largement à l'avantage des Mexicains. Ce qui a vite porté ses fruits par ce but injustement refusé à Giovani Dos Santos à la 11ème. Un indicateur qu'il fallait désormais parer à l'urgence.

Une mauvaise lecture tactique a coulé le bateau

Si les attentes du Cameroun et les espoirs ont résidé dans sa force offensive, le travail tactique mexicain a eu pour deuxième conséquence d'éliminer Samuel Eto'o de la partie, en l'isolant du bloc équipe avec un triangle défensif axial à 3 qui se déformait sans cesse.

Loin de sa forme des grands jours, sa capacité de presser et de peser sur la défense était quasiment nulle, or c'est à ce niveau que le premier problème se situait, un second attaquant axial aurait obligé les sud-américains à reculer pour réajuster en nombre les débats.

La solution de faire descendre les attaquants latéraux sur des milieux excentrés mexicains lancés est la pire des solutions face à un 3-5-2, l'arme idéale laissée à un adversaire pour subir, ce fut le cas hier, avec des attaquants qui couvrent plus de distance sur le terrain, et des positions éloignées de la surface adverse, les distances entre les joueurs s'allongent et le jeu de conservation pour des attaques placées devient une prouesse.

Pendant que le système mexicain de défense à trois sur Eto'o le coupait du reste du groupe, la défense centrale camerounaise était fixée en permanence par 3 attaquants axiaux. Ce qui obligeait les latéraux camerounais à coulisser vers l'axe pour compenser car en face, plus mobiles, les Mexicains ont appliqué une partition parfaite de 7 joueurs en charge offensive permanente par des mouvements dans le dos des milieux camerounais.

Il n y avait pas mieux que la pluie pour rendre encore plus difficile la tâche aux Camerounais car le jeu accéléré par la météo à profité à la possession de balle acquise depuis le début de la rencontre.

Un détail plus loin, le collectif est à la peine et l'équipe aux abois

Les Lions ont concédé de la 1ère à la 30ème minute 5 occasions aux adversaires soit en moyenne une toutes les 6 minutes. Ce que nous avions souligné dans nos rubriques précédentes s'est confirmé : dans une compétition exigeante comme la Coupe du Monde, et face à des équipes préparées, les manquements collectifs ne pardonnent pas et le détail fait la différence.

Pour les détails, parlons-en. Deux faits quasiment passés inaperçus, ont contribué à plomber le crédit de la préparation en Autriche. D'abord ce retour inutile au Cameroun pour cette bénédiction qui n'avait pas eu lieu en 1990 à titre de rappel, quand le Cameroun à atteint les ¼ de finale. Un folklore qu'on maintient au nom du ridicule ou on ne sait trop quoi, comme si cela avait une importance sur le jeu.

Le sélectionneur camerounais s'est pourtant opposé aux retours sur nos terres et souhaitait pour une meilleure acclimatation des lions au Brésil une arrivée, vers le 5 juin. Devant le refus des autorités, il a cédé et on a ainsi offert cinq jours de congés aux joueurs camerounais.

Ce qu'on a oublié de souligner c'est que les joueurs Camerounais sont capables du pire en très peu de temps. Résultat des courses, sur quoi avons-nous débouché ? Sur une grève et un délai de 24 h qui a retardé l'arrivée des Lions au Brésil.

Ces joueurs ont semblé en difficulté physiquement, face à des adversaires qui se sont préparés en altitude, et on en est à se demander si les nôtres avaient digéré le décalage horaire et la fatigue des voyages cumulés ?

Les Mexicains ont rendu le Brésil plus grand encore hier en faisant courir les Camerounais sans ballon. En considérant les distances entre les villes ; de Vitoria à Natal, de Vitoria à Manaus ensuite, nous sommes à 10 fois un vol Douala – Yaoundé avec e moyenne 3 heures d'avion. Bonjour la fraicheur physique !

Quand le coaching réveille nos doutes !

Le coaching est comme un son de cloche à l'Église où chacun à sa perception de la chose. Mais un coaching manqué ne fait toujours pas d'un entraineur ou d'un sélectionneur, un incompétent !

 Volker Finke a des choses à nous éclaircir sur bien de points. Certes, ses choix étaient contestables, mais ses décisions, elles, ne sont pas discutables. C'est lui qui dirige le collectif et sa vision prime sur nos supputations d'experts de fortune. L'échec tactique des Lions par contre est à sa solde et ce n'est pas de la gesticulation d'un sélectionneur sur un banc de touche dont il est question.

C'est plutôt sa lecture d'une situation donnée et des solutions qu'il est capable d'apporter. Hier, les Lions sont restés sur un même tempo du début à la fin sans pic, sans temps fort et sans autre option que subir jusqu'à ce que le bateau coule à la 61ème minute de jeu. Tant va la cruche à l'eau dirait on ... à la fin elle se brise !

Quand la digue cède on s'attend à une révolution de style, à une charge d'orgueil. Mais on n'a rien vu se pointer à l'horizon. Dès la 70ème minute, les milieux camerounais ne couraient plus, le pavillon baissé. La récupération du ballon était devenue quasi miraculeuse, dépendant plus de l'imprécision adverse que de l'agressivité des Camerounais.

Aurélien Chedjou, inventif, a réussi à créer le poste de défenseur libre. Un joueur nouveau qui sort de ses positions en exposant son équipe et qui ne prend personne au marquage. Bref on ne va pas refaire le match mais des incohérences, il y en a marre on n'est pas des bleus.

L'entrée tardive d'Achille Webo à la 79ème minute intervient lorsque les milieux camerounais ont déjà capitulé avec la sortie de Song et sans base de lancement, on joue dans une cacophonie totale. Les Lions Indomptables ont-ils dans leur contingent des joueurs physiquement aptes à relever le défi de cette poule A ?

Les doutes subitement se réveillent et on s'interroge sur la disponibilité et l'aptitude physique des soldats. De Vincent Aboubakar en apport offensif, de Makoun et Nguémo au milieu de Matip et Bédimo en défense, de Salli ou Olinga en attaque, le coach nous cache-t-il des choses ?

Les matchs d'hier resteront dans les mémoires. Pour nous avec cette mauvaise entrée en matière comme pour l'Espagne, décomposée 1-5 contre les Pays-Bas. Ce sont des matchs à oublier, car pour les Camerounais ça aurait put être pire aussi.

Il faut penser au prochain et se projeter en soignant tous les bobos de l'âme, du mental et du corps. Ce non-match va laisser des traces dans les rangs côté Lions Indomptables en commençant par Samuel Eto'o qui a fini avec un genou aux ligaments éprouvés.

Au final, disons quand même qu'une défaite pour le premier match de poule n'est pas une catastrophe en soi. Certes, ça se complique au second quand l'adversaire s'appelle la Croatie, et que l'ultime match se joue face au Brésil. Il va falloir jouer le mors aux crocs pour les Lions sinon c'est l'au revoir dès le 18 au soir.

Daniel Pascal Nsongo