• Depuis la défaite contre le Mexique, l'équipe du Cameroun, qui a lourdement peiné, a vu son infirmerie accueillir un autre patient, et pas des moindres puisqu'il s'agit de son capitaine.

Photo de Cameroon Foot  Buzz.
Eto'o touché et indisponible pour la suite des choses ? © AP

Déjà ménagé depuis la fin de la saison à Chelsea, c'est à la 17ème mn du match face au Mexique que l'incident survient. L'attaquant camerounais dans un duel, face à  Moreno, voit son genou se bloquer à la réception. Pour les observateurs aguerris, à ce moment on craint le pire, mais c'est au courage qu'Eto'o va tenir jusqu'à la fin de la partie.

 

Le joueur camerounais a lui-même confirmé sa blessure sur les réseaux sociaux, tard dans la soirée de dimanche. Mais si la blessure de Samuel Eto'o est un non-évènement dans une carrière de footballeur, c'est sa gestion que nous condamnons depuis plusieurs semaines. Entre la prétention et la maladresse du Team Press Officer des Lions Indomptables et les cachoteries du sélectionneur sur l'état de santé des joueurs valides, ainsi qu'après un décompte soigné, on se rend compte que les Lions n'ont pas 14 joueurs de champs valides à ce jour. Au rang des blessés, on a : Jean II Makoun (cheville), Samuel Eto'o (genou), Aurélien Chedjou (genou), Edgar Salli (cuisse), Vincent Aboubakar (genou), Charles Itandjé (poignet), Allan Nyom (genou) et Landry Nguémo (genou) convalescent.

L'amateurisme du Team Press des Lions

D'où vient-il à un Team Press Officer (TPO) de supputer sur la blessure d'un joueur, par des allusions et des propos à charge ? Oui Eto'o était blessé en club, mais qui peut nous dire exactement de quel mal souffre le capitaine des Lions indomptables avec précision ?

A défaut de précisions, le responsable de communication manque l'occasion de faire preuve d'intelligence avec un manquement au devoir de réserve. Une occasion offerte de s'abstenir, au lieu de quoi, en s'exprimant bêtement par une note d'information, il met entre autres le Chelsea FC en porte-à-faux en exposant les choix médicaux du Club. Ce qui représente une violation du secret médical, en portant en outre à la connaissance du public, la forme du traitement préconisé par un club à son salarié, soit les infiltrations administrées et de plus en insinuant que le joueur serait arrivé en stage « complètement carbonisé ».

Au Cameroun, tout le monde a le droit de dire tout sur tout, mais hélas le jugement hâtif du TPO nous parait subjectif, puisqu'on parle d'un joueur en saison qui n'a disputé que 21 des 51 matchs que son club aura livrés toutes compétitions confondues. De plus, en sachant que Samuel Eto'o était resté au repos un mois avant le terme de la saison, ces inepties s'ajoutent comme une cacophonie de plus dans la tanière.

Nous pensions que seul le médecin des Lions Indomptables était la seule autorité habilitée à expliquer ou à informer sur une pathologie concernant les joueurs. C'est un terrain réservé de droit, sur lequel même le sélectionneur Volker Finke se risque rarement, et que ne voit-on pas ? On communique sur l'équipe nationale de football du Cameroun comme au café de la gare.

L'absence de Samuel Eto'o est elle préjudiciable pour le jeu des Lions ?

Depuis 2008, l'apport du capitaine des Lions indomptables a considérablement baissé au sein de l'équipe dans les tournois majeurs. Si son influence reste néanmoins renforcée, il le doit plus à la rubrique des faits divers qui le concernent, moins qu'aux trophées gagnés avec le Cameroun depuis 2002 et à un leadership, sous forme d'un pouvoir qu'il n'a jamais voulu partager avec qui que ce soit. Cette dernière donne renforcée depuis le départ des cadres comme Geremi Njitap ou Rigobert Song, et complétée par la non sélection d'Idriss Carlos Kameni, l'autre dinosaure encore en activité qui aurait pu prétendre à ce voyage au Brésil.

Après 4 Coupes du Monde avec le Cameroun et en dressant un bilan dans cette compétition, on réalise avec objectivité qu'il est très peu élogieux. En 8 matchs et 3 buts dont un pénalty en 2010, l'influence de Samuel Eto'o ne saurait représenter un gage de réussite effective et absolue pour le Cameroun au regard de ces chiffres.

L'organisation de jeu de l'équipe, sa forme du moment aidant, depuis le début du stage des Lions et malgré un éclair contre l'Allemagne ; même si son intelligence de jeu est considérable et l'expérience tout autant, avec un rendement physique amoindri, le capitaine, pour le reste des Lions Indomptables doit cesser d'être une béquille. Les « héritiers du capi' » doivent se prendre en charge tant mentalement que techniquement et ils en ont les moyens. Il s'agit désormais d'avancer sans le capitaine avec les forces en présence de la nouvelle génération.

L'absence d'un joueur cadre dans un groupe, qu'il s'appelle Eto'o ou un autre, entraîne toujours une redistribution des rôles et un nouveau leadership. En ce qui concerne les Lions, la confiance en un leader technique est nécessaire à ce jour et s'impose. Sauf que le leader est quelqu'un qui s'impose naturellement par sa fluidité. Ce qui est curieux et dommage, c'est que la saison des Lions et la préparation avant cette Coupe du Monde ont donné des indications on ne peut plus claires sur les individus. C'est ce que Sabri Lamouchi et la Côte d'Ivoire ont compris dans la gestion de Didier Drogba.

Malheureusement, le Cameroun ne l'a pas compris, puisque le culte de la personnalité est plus développé chez nous. On ne pouvait pas laisser Samuel Eto'o sur le banc des remplaçants en joker psychologique. Roger Milla, à 38 ans, a brillé en 1990 en étant remplaçant et a été sacré Ballon d'or africain une seconde fois. Nous admettrons cependant que la virtuosité des deux hommes ne repose pas sur les même socles. Dans la forme actuelle d'Eric Maxim Choupo-Moting et celle de Vincent Aboubakar, il y avait en eux un indice, hélas subitement brouillé par l'idée malsaine du pouvoir.

Une blessure comme un chant du cygne

Le temps se charge de gérer le cycle des générations, accidentellement ou harmonieusement, et Samuel Eto'o n'y échappera pas. Le match contre la Croatie va demander aux Lions de renaître de leurs cendres et de se réinventer une identité avec des joueurs autres que le capitaine. Le poids de son aura, qui a souvent influencé ses coéquipiers et cristallisé en eux la peur de se faire réprimander, va certainement libérer bien d'esprits pour se mettre au diapason du collectif et d'une idée de jeu d'un football tous ensemble et non plus tous pour un.

Il y a 8 ans, on avait souhaité et demandé de construire la meilleure équipe autour de Samuel Eto'o, mais une erreur a été commise quasiment par tous les sélectionneurs qui se sont succédés dans la tanière : personne n'a réinventé l'identité de jeu du groupe et on s'est reposé sur ses exploits, en jouant pour lui et pour son égo.

Le Cameroun a sombré en 2010 lorsque le choc des égos est survenu, l'équipe étant en conflit avec sa pseudo-philosophie. Or depuis, elle ne sait pas faire autre chose que de jouer de cette manière. Samuel Eto'o, en obtenant l'adhésion de ses partenaires à cette logique, a soumis psychologiquement les joueurs et étouffé leur épanouissement. Mais on ne peut jouer pour un joueur que si celui-ci est en pleine possession de ses moyens et dans la fleur de l'âge compétitif. Pour Eto'o, la blessure en saison a sonné comme le chant du cygne, une chose qui ressemble étrangement au crépuscule d'une carrière au sein des Lions et à une passation de pouvoir du leadership technique du collectif.

Ce qui va changer sans Eto'o

Si du côté des joueurs, une prise de responsabilité va revenir indéniablement aux cadres qui l'ont toujours revendiqué, comme Alexandre Song, Nicolas Nkoulou ou Stéphane Mbia. La sortie d'Eto'o risque d'entrainer également, compte tenu d'un impératif de performance, un chamboulement tactique avec une modification du système de jeu du 4-3-3 vers un 4-2-3-1 ; un dispositif modulable qui s'adapte facilement aux forces de tous les autres systèmes, tout dépendra de l'animation offensive et encore faudrait-il que Volker Finke le comprenne.

Dans l'ensemble, l'animation de jeu sera différente. En défense, pour faire face à Mandzukic qui marquera son retour, Joël Matip devrait pendre la place d'Aurelien Chedjou mais on assistera à une montée en puissance de compétiteurs comme Stéphane Mbia et Alexandre Song pour tirer le groupe vers le haut dans un combat physique âpre. Cela parce que, les deux équipes étant dos au mur, c'est une rencontre à élimination directe qui se jouera sans Samuel Eto'o et ça vaudra le déplacement.

En attaque Eric Maxim Choupo Moting, sur un flanc, est le plus indiqué et pourrait confirmer son statut d'homme providentiel des Lions Indomptables acquis depuis plusieurs mois. Si la santé de Vincent Aboubakar s'y prête, le joueur de Lorient serait un renfort idéal pour une ligne d'attaque beaucoup plus incisive. Différente de celle qui attendait les exploits de plus en plus rarissimes de Eto'o tout seul en pointe, dans une position axiale, accompagné de Benjamin Moukandjo dont la forme physique semble répondre aux exigences de la compétition. Quant à Achille Webo, il ne peut conserver qu'un rôle d'officier de réserve et sa présence ne pourrait être liée qu'à une nécessité de score tout comme les jeunes Fabrice Olinga et Edgar Sally. Ces feu-follets que l'on ne pourrait utiliser que pendant une courte période pour déstabiliser des défenses usées par la rencontre.

Face à la Croatie, les Lions Indomptables doivent montrer un autre visage. Le Cameroun attend une équipe généreuse, et combative. En un mot, des Lions revanchards et c'est tout le mal que nous leur souhaitons. Puisque quand un être vous manque, tout est dépeuplé, nous dirons plutôt dans ce cas que, sans Eto'o, la vie doit continuer, surtout en cas de victoire. On tournera indéniablement très vite la page de son feuilleton et on pourra conclure que pour les Lions Indomptables c'était un mal pour un bien.

Daniel Pascal Nsongo