• Mercredi à l'Arena Amazonia de Manaus, l'histoire du football camerounais a littéralement basculé, passant de la honte à l'humiliation.


La sortie piteuse d'Alex Song © Getty Images

Les Lions Indomptables, qui avaient bien entamé le match éliminatoire de poule contre la Croatie, ont sombré dans un scénario catastrophe qu'on ne saurait qualifier, tellement il nous est difficile de trouver des mots justes pour décrire ce que les téléspectateurs ont vécu en Mondovision.

 

Mené dès la 12ème minute suite à un but de Olic, sur une hésitation défensive de Aurélien Chedjou qui a permis à Perisic de trouver le buteur croate en duel avec Mbia, le Cameroun a perdu peu à peu le fil de son jeu, concédant une défaite historique de 4-0.

Le fiasco... Volker Finke a manqué sa Coupe du Monde

L'équipe nationale du Cameroun a accumulé des controverses durant toute la période de stage. Si à la charge du sélectionneur on peut lui attribuer le choix de son gardien de but, plus figurant que décisif, Charles Itandje a semblé présenter pendant cette compétition des carences techniques qui ne cadrent pas avec le haut niveau. Frileux et approximatif tout au long de cette Coupe du Monde, sa maîtrise des fondamentaux au poste de gardien de but a surpris au point de devenir sujet à critique récurrent.

On pourrait également souligner des absences notoires sur l'aspect tactique chez les Lions, la forme des joueurs, les choix décevants sur le onze entrant, la gestion de son infirmerie, et la communication autour des blessés. Le sélectionneur Camerounais, en cédant à la pression des cadres, a lourdement failli dans sa mission. Et en sélectionnant des joueurs blessés comme Makoun, Chedjou, Nguemo ou Nyom, qui n'ont servi qu'à à meubler les vestiaires, il a lui-même fixé la limite de son projet et le niveau de performance de son groupe.

Quand est-ce-que les joueurs camerounais comprendront-ils qu'une Coupe du Monde n'est pas une tournée de figuration ? Pourquoi manque-t-il chez nous autant d'honnêteté intellectuelle au point de vouloir se rendre à une compétition aussi relevée bien que diminués ? Est-ce une question d'argent ?

A l'arrivée, c'est le Cameroun qui est pénalisé car, en se présentant au Brésil avec une équipe lourdement handicapée physiquement, qui a compté quasiment un joueur blessé par poste et au moins un joueur hors de forme par poste, c'est un échec de programme validé pour le sélectionneur et son staff. Pourtant, il a eu au départ la volonté de doter les lions d'un encadrement des plus professionnels en renforçant son équipe de travail. Ce fiasco est également le sien et il devra l'assumer.

Le Grand Pardon d' Alexandre Song ... Ce geste est inexplicable !

Si dans le jeu proprement dit, sauf mauvaise foi, les Lions ne sont pas à blâmer. Deux faits majeurs ont fait basculé la rencontre : d'abord peu après la 40ème mn, l'inexplicable geste de Alexandre Song sur Mandzukic, qui lui a valu une expulsion et beaucoup de regrets et de tristesse manifestés en zone mixte à la fin de la partie : « je suis triste, j'ai le sentiment d'avoir laissé tombé mon pays et de m'être laissé emporter, c'était un geste vraiment stupide et je suis sincèrement désolé. Si je pouvais faire n'importe quoi pour revenir en arrière, je le ferai, je vous demande Pardon », a-t-il dit. Excuses présentées de nouveau en conférence de presse vendredi à Vitoria. Sauf que son geste a  stupéfait tout le monde.

Même si nous reconnaissons l'extrême tension qui a régné autour de cette rencontre côté Lions Indomptables, pour un joueur de haut niveau avec son vécu et son cursus, on a du mal à comprendre. Même si ce geste est à classer en simple fait de jeu avec le recul, il a lourdement pesé dans la balance et plombé une dynamique camerounaise dans sa phase ascendante. Cela parce que, malgré l'orgueil, en infériorité numérique dans une compétition aussi relevée que la Coupe du Monde, il est toujours possible de défendre un résultat nul. Mais il est objectivement difficile de l'obtenir lorsque le score est acquis à la faveur d'une équipe aussi adroite en projection offensive que la Croatie. Si à 11 contre 11 le Brésil a eu beaucoup de mal, pour les Lions, c'était mission impossible. Certes Alexandre Song est un joueur sanguin. C'est connu et les Croates ont su le provoquer mais cela fait également partie de la stratégie de l'adversaire. Nous avons manqué de malice et c'est aussi ça l'expérience et la roublardise. Mais comme son oncle Rigobert Song en Coupe du Monde 1998 en France, il apprendra de ses erreurs.

L'impuissance de la machine camerounaise sera également illustrée par Enoh Eyong ou Stéphane Mbia. Ce dernier, avec bravoure a hissé son niveau de jeu, après avoir accepté le sacrifice de jouer au poste de latéral droit pour l'intérêt de la nation. Par Benjamin Moukandjo avec sa générosité et sa volonté de gagner, malgré quelques déchets. Dans son cas on rappellera qu'il n'y a que ceux qui ne tentent rien qui ne font pas d'erreurs. Pour couper court à toute ambition des Lions, le retour de la pause va être fatal avec ce but de la 47ème minute qui déstabilisera toute l'équipe, nous faisant alors assister à une descente aux enfers historique des Lions.

Par des faits marquants tant avant, pendant qu'après le match, les Camerounais dans leur ensemble auront fait montre de toute leur incurie, de leur manque de discipline, de leur esprit égoïste, de leur manque de respect, et de valeurs. Tout cela étalant comme une malédiction un comportement qui tient tout simplement de la folie. Dans l'ensemble, des joueurs aux dirigeants, on est tellement devenu résistant à l'irresponsabilité, que ce mal incurable qu'est la bêtise humaine, commence de plus en plus à pourrir l'existence à ceux qui aiment le football, les Lions Indomptables et tout simplement le Cameroun. Si l'incident du drapeau a suscité ire et colère de la nation, nous nous sommes évertués à dire qu'un enfant ne naissait pas avant sa mère, tout comme un citoyen avant sa patrie.

Le Cameroun... comment en sommes-nous arrivés là ?

Tout a commencé la veille du match, alors que les Lions s'apprêtent à se rendre à Manaus lorsque le Ministre des Sports informe la Fécafoot que ne sont invités à prendre place dans l'aéronef des Lions que les membres de la délégation officielle des lions c'est-à-dire joueurs et staff. Ce qui peut paraitre normal dans les us d'un pays normal, devient subitement inimaginable pour le Président de la commission de normalisation froissé et heurté dans son amour propre. Celui qui avait pris l'initiative depuis le Cameroun d'inviter des personnes privées dans le contingent des Lions vers le Brésil s'emporte, annulant la réservation d'hôtel au Golden Tulip du ministre faite au nom de la Fédération de football. La décision ministérielle a résonné comme un crime de lèse-majesté qui va ouvrir un conflit de tutelle opposant de façon frontale le gouvernement camerounais représenté par le Ministre des Sports Mr Adoum Garoua en mission de travail, devant appliquer une feuille de route de sa hiérarchie et la Fédération camerounaise de football, par son Président de normalisation le Pr Joseph Owona qui ira jusqu'à boycotter le match des Lions à Manaus.

Avait-on besoin de tout ça à la veille d'un match crucial ?

Même si la fédération a un mandat de représentation du Cameroun et de gestion du football Camerounais, son président ne serait sur le plan diplomatique pas la personne autorisée à jouir des charges, droits, avis et responsabilités sur les armoiries, encore moins de l'administration d'une mission d'état au nom du Cameroun. Cet élément donne toute latitude au Ministre de tutelle d'être dans ses prérogatives et son droit le plus absolu.

Si en 2010 nous avons assisté au conflit d'égo des joueurs, nous assistons en 2014 à l'absence d'autorité dans la tanière qui donne le droit à tout le monde de faire tout et n'importe quoi. Mais ce que les uns et les autres semblent avoir oublié, c'est qu'il y a depuis 3 ans un règlement intérieur qui s'applique à tous et qui a été mis en place sur la gestion des Lions Indomptables. En le relisant, on peut comprendre sans aucun doute qu'il met autant les joueurs dans le conflit des primes et la grève en situation disciplinaire délicate au retour du Mondial, mais aussi le Président du Comité de normalisation dans une insubordination répréhensible pour l'incident avec le ministre des sports. Cela enfin, au même titre que les joueurs face au premier ministre.

Les articles 7, 8 et 13 relatifs au principe, droits de réserve et loyauté précisent la responsabilité des joueurs et encadreurs des Lions pendant tout regroupement, à cela s'ajoutait la jurisprudence, certaines mesures définitives seraient à prendre, en commençant par le trio des capitaines et représentants des joueurs sur le cas de la grève. Compte tenu des antécédents, du ''Marrakechgate'', la destitution des capitaines serait la moindre des sanctions en application des textes relatifs au règlement intérieur des Lions, et sur le plan de l'éthique, l'ensemble des joueurs devrait restituer les primes qui à ce stade de la compétition sont sur le plan sociétal immorales.

Le devoir d'exemplarité rend inévitable l'exclusion définitive d'Assou Ekotto des Lions

Si la méconnaissance de l'histoire des Lions Indomptables entraine une sorte d'incurie chez certains joueurs, il est triste pour nous de conclure aujourd'hui que les Lions Indomptables ont définitivement touché le fond, et ce serait presque un évènement de voir cette équipe nationale ne pas rentrer de cette Coupe du Monde au Brésil avec 0 point, 0 but mais 56 millions de FCFA dans les poches.

Nous pensions avoir tout vu et tout vécu, mais certains hommes sont encore capables de nous surprendre tant les horreurs tapissent les profonds canaux de leur personnalité. Les joueurs de football ne sont pas en reste. Des joueurs qui ne respectent pas le drapeau national, des internationaux qui ne respectent ni l'autorité, ni les armoiries nationales peuvent ils se respecter entre eux ?

En 1982, alors que les Lions Indomptables rentraient de leur première Coupe du Monde, le troisième gardien du Cameroun, Simon Tchobang (paix à son âme) avait été suspendu pour comportement anti-sportif, pour avoir agressé une arbitre en match de championnat sous les couleurs de la Dynamo de Douala. La commission de discipline avait considéré le caractère exemplaire de son statut international et lui avait infligé la sanction de l'exclusion à vie de l'équipe nationale du Cameroun.


L'altercation entre Moukandjo et Assou-Ekotto © AP

Pour Benoît Assou Ekotto, nous sommes dans le cas de la récidive disciplinaire qui est un indice sur le profil caractériel d'un marginal. Une confirmation de plus que la tanière des lions est bel et bien infestée de l'intérieur. Et ne venez surtout pas nous parler de système lorsque la responsabilité individuelle des hommes est engagée. Certains jeunes y sont comme des brebis parmi les loups et il faut arrêter cela.

Nous devons coller à chaque question des réponses et faire en sorte que ce genre de comportement soit éradiqué du football camerounais pour toujours. Comment expliquer qu'un joueur professionnel en vienne à donner un coup de tête volontaire à son propre partenaire pour un banal fait de jeu sur le terrain en plein match ?

Pouvons-nous seulement avoir une pieuse pensée pour Marc-Vivien Foé et planter le paradoxe à une semaine de l'anniversaire de celui qui est mort sous les couleurs nationales le 26 juin 2003 à Lyon lors du match Cameroun-Colombie en coupe des Confédérations. On souligne que onze années ont passé, mais hélas le chaos a atteint son comble.

De plus, le cas Benoît Assou Ekotto est une trahison car qu'elle différence y aurait-il entre son comportement et celui d'un militaire qui retournerait son arme sur son compagnon de guerre en plein front. « Une honte », dira le sélectionneur, pour notre pays ; une calamité pour un continent, pour notre histoire.

Les Lions Indomptables, à nos yeux, sont tout pour la nation camerounaise. C'était un projet pour contribuer à l'unité du peuple, sa fusion avec un élément d'identité nationale fort. C'était plus encore, mais pas un dépotoir de garçons sans respect sans éducation et sans éthique. Nul n'a le monopole de l'amour de la patrie, et bien que le patriotisme ne se mesure pas aux actes, le respect de la nation et de la patrie doivent habiter chacun de nous.

Cette fois, le Cameroun doit choisir de ne pas se rendre complice de cette injure vis-à-vis du peuple. Si la radiation de Benoît Assou-Ekotto est inévitable, la sélection sous conditions de certains éléments qui ont fait partie de cette campagne Brésil 2014 est également à discuter, tout comme les quotas des joueurs locaux en équipe nationale.

Il faut repartir sur des nouvelles bases car Les Lions Indomptables ont, devant la jeunesse camerounaise, un devoir d'exemplarité, un statut qui dépasse le cadre d'un match de football, parce que mercredi dernier, nos enfants regardaient.

Pour les observateurs le geste de Benoît Assou Ekotto ressemble plus à un suicide médiatique, un rejet. C'est la passe d'une chronique annoncée d'abord par ses éclats de voix face à Samuel Eto'o la veille du match contre la Croatie. Son geste donne le verdict définitif d'un conflit qui tapisse certainement sa vie et à cet effet on peut comprendre qu'il ne veuille plus porter les couleurs du Cameroun. Ce qu'on lui accorderait volontiers, mais nous ne parlons pas de Lionel Messi, ni de Cristiano Ronaldo, mais de Benoît Assou Ekotto...

Certes, l'histoire de notre pays ne se limite pas à un match de football, mais jamais le public camerounais n'oubliera cette attitude tenant de la racaille. Son nom incarnera dorénavant l'indignation de tout un peuple. Voilà ce qu'il a voulu que l'histoire retienne de lui, de sa vie et de sa sortie de scène : l'image d'un piètre personnage que le football a certainement sauvé de biens de déboires, mais bon... quel dommage !

Daniel Pascal Nsongo