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Cameroon-Footbuzz : Comment réagissez-vous à votre nomination dans le staff des Lions Indomptables ?
François Omam-Biyik : Pour moi, cette décision des responsables camerounais de me permettre de servir le pays après avoir joué pour les couleurs nationales est un grand honneur. En même temps c'est une étape majeure dans la suite de ma carrière et cela me permet d'apporter mes connaissances à la réussite de notre sélection nationale.
CFB : Quand vous est venue cette idée de poursuivre une carrière d'entraîneur de football ?
François Omam-Biyik : Tout
à fait fortuitement alors que j'avais eu à encadrer des jeunes, dont
mes propres enfants, à la suite du désistement de leurs encadreurs.
Après quelques semaines, j'en ai conclu que cette reconversion devenait
d'autant plus naturelle que j'avais besoin d'exercer dans le milieu du
football qui m'a procuré mes meilleures joies. J'ai donc passé les
diplômes conséquents et la suite me mène aujourd'hui à la direction
technique-adjoint des Lions Indomptables.
CFB : Vous arrivez à un moment où le Cameroun a perdu
beaucoup de sa notoriété sur le plan du football. Comment avez-vous vécu
cette situation ?
François Omam-Biyik : Comme
tous les Camerounais, je vis difficilement cette période de vaches
maigres pour les Lions Indomptables. Toutefois, le technicien que je
suis préfère en tirer le positif pour amener nos équipes à rebondir. Je
ne m'attarde pas beaucoup sur le négatif parce que cela draine des
énergies à mettre ailleurs.
CFB : Votre nomination suit celle de plusieurs techniciens de
votre génération. Croyez-vous que cela annonce de nouvelles façons de
faire ?
François Omam-Biyik : Je crois
qu'il y a déjà une nouvelle façon de faire avec la volonté des autorités
sportives de restructurer la gestion des équipes nationales, dont
notamment l'intégration d'anciens joueurs pour le développement du
football au Cameroun. Bien entendu, cela annonce aussi l'arrivée d'une
nouvelle génération d'entraîneurs pour prendre des responsabilités, pour
apporter d'autres expériences. Toutefois on aura besoin de la
collaboration de tous puisque les anciens joueurs et techniciens ne sont
que des gens de terrain. La cohérence demande aussi des administratifs
différents ainsi que d'autres compétences, médicales et psychologiques.
CFB : Vous êtes reconnu pour votre sens de la mesure et votre
esprit de conciliation. François Omam-Biyik a-t-il déjà eu à se fâcher
dans le cadre de ses responsabilités ?
François Omam-Biyik : Oh
oui ! J'ai eu à hausser le ton en tant que joueur et plus récemment en
tant qu'éducateur. Mais je ne pense pas qu'il faille nécessairement
crier et taper du poing sur la table tout le temps pour se faire
comprendre. J'ai été amené plusieurs fois à contribuer à des changement
de manière paisible, l'essentiel étant de bien se faire comprendre par
rapport aux objectifs communs. Et je ferai le nécessaire pour que cela
contribue à ramener les Lions Indomptables au plus haut niveau.
CFB : Avec votre nomination et celle de Jacques Songo'o aux
côtés de Javier Clemente, on a évoqué une certaine filière puisque vous
avez joué au Mexique et Jacques Songo'o en Espagne. Y aura-t-il une
façon hispanique de faire les choses à la tête des Lions ?
François Omam-Biyik : Je
ne pense pas. Jacques Songo'o et moi sommes Camerounais. Javier
Clemente est Espagnol mais a été choisi pour ses qualités de manager et
pour l'ensemble de sa carrière. Maintenant, il s'avère que l'on parle
espagnol tous les trois; cela facilitera simplement beaucoup plus la
communication qu'autre chose. Le staff travaillera pour le bien-être et
les réussites de la sélection nationale. Les filières espagnole,
française, portugaise ou turque, tout cela n'a pas d'importance.
L'essentiel est que chacun enrichisse le football camerounais.
CFB : Premier rendez-vous compétitif à Maurice le 3 septembre prochain avec une sélection fondamentalement remaniée par rapport à la dernière Coupe du Monde. Ces modifications annoncent-t-elles d'autres changements ?
François Omam-Biyik : Pour le moment, on s'est basé sur le groupe qui était en amical en Pologne et qui a démontré certaines qualités que nous voulons développer. Principalement l'esprit de groupe, le respect et la discipline. Cette équipe là, composée de jeunes, a donné de belles satisfactions sur le plan du jeu mais elle demeure ouverte. C'est une étape dans la démarche que nous initions désormais et pour nous, tout joueur camerounais en activité est sélectionnable et le reste dépendra des performances de chacun en club et de son adhésion à la philosophie que le staff veut instituer.
CFB : Il n'en reste pas moins des questions sensibles.
Comment Jacques Songo'o et vous réagissez devant la possibilité
d'appeler vos enfants en sélection ?
François Omam-Biyik :
On réagit en technicien et non en père de famille sinon on appellerait
tous nos frères, cousins ou autres en sélection. Il s'agit dans leur cas
comme dans d'autres de voir s'ils remplissent les conditions évoquées
précédemment. Sont-ils assez talentueux et ont-ils le niveau pour porter
les couleurs du Cameroun ? Si c'est le cas, il seront appelés, sinon
ils ne le seront pas. C'est aussi simple que ça.
CFB : Sur le plan des responsabilités, vous avez été capitaine des Lions Indomptables. Quels devoirs impliquent cette charge au sein de la sélection nationale ?
François Omam-Biyik : Le capitanat est souvent symbolique dans le sens où c'est le lien entre le staff technique et le reste du groupe. Mais il peut également y avoir plusieurs leaders dans une équipe et ils ne portent nécessairement pas le brassard. Le plus important est que ce relais passe les messages et que le groupe soit uni.
CFB : Techniquement et stratégiquement, même si ce sera à
Javier Clemente de définir la direction à prendre, qu'est-ce que vous
comptez apporter aux Lions Indomptables ?
François Omam-Biyik :
D'abord il faut trouver une stratégie qui corresponde mieux au
footballeurs camerounais. Même s'il n'est pas toujours aisé de parler
des échecs passés, on a constaté à la CAN et au Mondial que les systèmes
de jeu mis en place n'étaient pas nécessairement les plus indiqués.
Personnellement, je suis adepte du 4-4-2 avec quatre défenseurs, deux
milieux défensifs, deux joueurs de couloirs et deux attaquants de
pointe. Le tout avec des joueurs modulables donc polyvalents selon les
circonstances. Il faut retrouver également, et peut-être initier un
système de jeu pour tous les paliers de sélections nationales afin
d'assurer une transition fluide pour tout le monde. Nous avons
nécessairement du travail à faire avec les autres enraîneurs nationaux
au niveau de la programmation des stratégies, des codes de vie et du
suivi des internationaux. Ce qui s'est passé ces derniers mois,
notamment en Coupe du Monde, ne doit plus se reproduire. Le Cameroun
mérite beaucoup mieux que ça.
CFB : A l'inverse de votre génération, les Lions Indomptables
proviennent majoritairement du football professionnel européen depuis
plusieurs années. Cette tendance pourra-t-elle se renverser à nouveau ?
François Omam-Biyik :
Comme je l'ai dit, la sélection nationale doit toujours être composée
des meilleurs joueurs disponibles. Maintenant si ce sont plus les
joueurs locaux qui tiennent la forme et la performance du moment, on
fera appel à eux. A chaque circonstance sa solution. Nous sommes dans un
domaine où la stratégie n'est pas seulement de se fier à des supposées
réputations. C'est la forme, le niveau et l'implication qui parlent.
Sauf qu'il sera aussi intelligent de permettre aux amateurs de côtoyer
leurs collègues professionnels et s'améliorer nécessairement pour être
compétitifs.
CFB : Un staff aux commandes pour deux ans. Comment se dessine votre feuille de route ?
François Omam-Biyik :
Le premier et principal objectif est de se qualifier et gagner la
prochaine CAN de 2012. Un pays comme le Cameroun ne peut pas jouer les
seconds rôles à cette compétition. C'est dans cette optique, liée à une
reconstruction du groupe, que nous envisageons notre mandat.
CFB : Sur le plan contractuel, votre salaire est soumis à une
clause de confidentialité. Seulement, êtes-vous satisfait de ce qui
vous a été proposé ?
François Omam-Biyik : En
tant qu'être humains, on espère toujours gagner beaucoup plus que ce
qu'on nous propose. Personnellement, ce n'est pas un problème financier
qui a joué dans mon engagement au sein des Lions. J'ai gagné beaucoup
d'argent dans le passé. Si aujourd'hui je n'en gagne pas assez, j'en
gagnerai peut-être un peu plus dans cinq ou dix ans. Le plus important
est d'apporter quelque chose au football camerounais. Mais globalement,
si j'ai accepté ma nouvelle mission, c'est que je suis satisfait de ce
qui m'a été proposé.
Propos recueillis par Léopold Nséké
© cameroon-footbuzz 2010